Appartenances

feuilles de hêtre tout juste ouvertes au printemps en gros plan
Collection personnelle - printemps 2024 rivière St Charles à Québec - Nathalie Faure

Je ne peux pas être dépossédée de ce qui ne m'a jamais appartenu.
Je ne peux pas être dépossédée de ce que j'ai vécu ni des liens que j'ai tissés.

Le dépouillement, ce n'est pas du lâcher prise, cette expression qui perd son sens à force d'être employée de partout.
C'est sortir du regard des autres, même les plus bienveillants, pour faire un pas de côté et s'observer avec attention et bienveillance. C'est voir en soi ce qui a été ajouté, imposé, et les masques qu'on a pu porter pour se faire accepter.

Quand je ne peux plus me définir par une appartenance familiale, nationale, sociale, ni par un travail ou une activité, ni par mes accomplissements.. qui suis-je?
J'ai eu ma réponse. En revenant à l'essentiel.

Elle n'était pas intellectuelle. C'était un ressenti. Une image.
J'étais assise sur une plage, tout près d'un feu, face à l'immensité de l'Océan sous un Ciel constellé d'étoiles.
Je n'étais pas seule.
D'autres étaient présent-es autour de moi.
En résonance silencieuse.

Il y a toujours des possibilités, pour chacun et chacune d'entre nous, individus et sociétés, pour peu que nous soyons solidaires et que nos visions combinées dépassent nos œillères personnelles. Redécouvrir en ces temps polarisés qu'ouvrir son esprit sans crainte à celles et ceux qui pensent différemment, c'est élargir la notion même de solidarité, pour aller vers une vision qui intègre tous les (re)commencements dont nous avons tant besoin aujourd'hui. Se rassembler pour construire l'espoir critique, pouvoir l'exercer comme un muscle. Accepter qu'on ne peut pas s'entendre avec tous, mais qu'on peut découvrir avec curiosité le point de vue d'autrui.

Cette vision, elle existe à la fois dans Star Trek (l'IDIC vulcain) et Babylon 5 (dans le mémorable dernier épisode Sleeping in Light). Deux séries qui m'ont ouverte à l'idée qu'on pouvait vraiment préférer la paix à la guerre sans pour autant lâcher ses idéaux. Star Trek a bâti l'idée d'une utopie où les gens ont dépassé le conflit et cherché à tendre la main le plus souvent possible (Classic et Next Generation particulièrement.).

Babylon5 a été pour moi la première série à aborder de front l'idée qu'on peut faire des choses inavouables, et trouver des amis prêts à vous accepter telle que vous êtes parce qu'ils vous connaissent vraiment (je pense particulièrement aux arcs de Garibaldi et de Franklin). Delenn est la première héroïne qui m'a énormément inspirée. La plupart des personnages font face à des doutes et des crises, et chacun change énormément au fil des saisons. Tous ne s'en tirent pas non plus.

Je lisais ce matin cette excellente bande dessinée sur la rencontre entre Nelson Mandela et Constand Viljoen, ancien général des forces armées sud-africaines devenu leader des milices d'extrême droite au moment où le pays vit ses premières élections démocratiques post-apartheid. Une superbe démonstration que quand on veut tendre la main, comprendre l'autre, avoir la force d'aller vers un ennemi de longue date (dans les deux sens), pour éviter un bain de sang, c'est possible.
C'est une démonstration magistrale que la violence cache souvent des peurs profondes liées à la défense des appartenances par besoin de sécurité. (Mandela et le général, John Carlin, Oriol Malet. Delcourt, 2018)

Mandela s'était dépouillé en prison. Il n'était pas parfait, mais il a incarné ses idées avec compassion, constance et persévérance. Il a dépassé ses préjugés et son groupe d'appartenance pour aller vers une vision pour tous les Sud-Africains, malgré les pressions de son propre parti. Celle d'un monde où nous sommes tous solidaires et reliés - ubuntu : je suis parce que nous sommes.

Maintenant c'est clair. J'appartiens à l'humanité.
Et au-delà, je suis curieuse de ces mondes à venir.

Je laisse les mots de la fin à Zaz. On n'est rien... que des liens.